Ghjuvà Admin

Nombre de messages: 7012 Localisation: Corsica Date d'inscription: 17/11/2004
 | Sujet: Int.Gabi mouesca.Etats généraux de la condition pénitentiair Jeu 13 Juil - 23:16 | |
| | Citation: | Etats généraux de la condition pénitentiaire
La parole aux acteurs
Les Etats généraux de la condition pénitentiaire ont été initiés en mars 2006 par une dizaines d’associations œuvrant dans le milieu carcéral (OIP, Syndicat de la magistrature, USM, CGT pénitentiaire, LDH, Syndicats d’avocats…etc.), sous la présidence de Robert Badinter, ancien garde des Sceaux socialiste. L’ambition de ceux-ci est de favoriser « la mis en œuvre d’une réforme profonde du système carcéral et plus globalement, d’engager une vaste réflexion au sein de la société française sur le rôle et le fonctionnement de la prison. » A cet effet, une vaste consultation individuelle a été lancée le 25 mai et durera jusqu’au 31 juillet 2006. Les acteurs du monde judiciaire et pénitentiaire sont visés : personnes détenues et leurs familles, magistrats, avocats, personnels pénitentiaires, intervenants en milieu carcéral...etc. Si le ministère de la justice et l’administration pénitentiaire en ont accepté les modalités, cette enquête se fera en total indépendance et dans l’anonymat pour les personnes détenues. Modalités 220 000 personnes devraient être consultées, les Etats généraux voulant une consultation s’adressant à l’exhaustivité de la population ciblée. (60 000 détenus et leurs 60 000 familles, 23 000 personnels, 25 000 intervenants en milieu pénitentiaire, 8500 magistrats et 45 000 avocats). Les détenu-es devraient le recevoir en main propres d’un délégué du Médiateur de la République à partir du 6 juin. Les autres personnes désirant participer à la consultation peuvent le faire dès maintenant sur le site www.etatsgenerauxprisons.org. Le questionnaire Il a été volontairement construit en priviliégeant les « attentes d’amélioration quant au sort réservé aux personnes privées de liberté » plutôt que de se limiter à un simple état des lieux. Celui-ci est divisé en 5 grands volets comprenant 18 fiches thématiques (36 questions). Le premier concerne le « service public pénitentiaire » : protection des droits fondamentaux en prison, métiers des personnels, interventions extérieures). Le second est axé sur « la vie quotidienne en prison » : conditions de détention, liens familiaux, travail et formation, enseignement, accès aux soins, prise en charge des addictions, prévention des suicides…Le troisième est sur « les régimes de détention » : préventive, condamnés, quartiers d’isolement…Les deux derniers volets sont sur « la préparation à la sortie » et les alternatives à l’emprisonnement.
Interview Ekaitza 8 juin 2006
Gabi Mouesca sur les Etats Généraux de la condition pénitentiaire
C'est une consultation historique dans les annales judiciaires. Qu'attendez vous de celle-ci en plus ?
Il y a deux dimensions qui donnent à cette opération un caractère historique. Tout d'abord c'est la première fois dans l'histoire de la prison en France (Plus de 200 ans!) que l'on donne la parole aux prisonniers. A tous les prisonniers. Puis, autre fait remarquable, la parole des personnes détenues aura le même poids que celle des magistrats, avocats, personnels de l'administration pénitentiaire et autres participants à cette vaste consultation. Les Etats généraux de la condition pénitentiaire sont l'occasion de libérer la parole des prisons. Ce lieu où la liberté d'expression n'existe pas, ou est surveillée, contrôlée, se trouve aujourd'hui le théâtre d'une prise de parole individuelle touchant l'ensemble des acteurs. C'est une véritable révolution culturelle que nous provoquons là !
Faîtes vous confiance à la méthodologie choisie ? Les détenus pourront ils réellement y répondre ?
L’opération est menée à l’initiative d’une dizaine d’organisations et de syndicats, dont l’OIP. Le « parrain » de l’opération est M. Robert Badinter, ancien Garde des Sceaux. Le facilitateur technique de l’opération en matière de participation des personnes détenues est le Médiateur de la République et ses services. Et enfin, l’agence BVA garantie la dimension objective et scientifique de l’opération. La méthodologie est très classique, elle est celle de toute consultation de ce type. Les personnes détenues reçoivent à compter du 6 juin, des mains du représentant du Médiateur de la République une enveloppe contenant le questionnaire de douze pages, et l’enveloppe T (envoi gratuit) à renvoyer avec le questionnaire rempli à l’adresse du médiateur de la République. L’opération est totalement gratuite pour les personnes détenues. La consultation s’étale sur une période de 9 semaines ½. Les réponses aux questionnaires ne seront pas lues par l’administration pénitentiaire car le courrier adressé au Médiateur de la République est un courrier protégé.
Selon vous, sur quoi doit déboucher cette consultation ?
L’objectif de la consultation est double. Tout d’abord libérer la parole du monde carcéral, et la rendre public au travers de « cahiers de doléances » qui seront constitués avec cette parole libérée. Parole qui sera ainsi restituée publiquement au travers de grands débats en région. Puis, ces « cahiers de doléances » seront remis aux candidats à la présidentielle à l’automne prochain à l’occasion de la tenue des trois jours des Etats généraux de la condition pénitentiaire. Tout ce travail, cette consultation touchant près de 220 000 personnes, ne sera pas un rapport de plus, un constat de plus, il aura valeur d’injonction d’agir pour ceux qui auront le pouvoir en 2007.
le bilan tiré sera t il réduit à la portion prison, ou, sachant que les lois sécuritaires remplissent les prisons, il y a t il une remise en cause de cette politique ?
Cette consultation touche uniquement la dimension prison. Mais il ne fait pas de doute que la politique pénale s’invitera à la campagne électorale à venir. Nous avons été auditionné par les commissions justice/prison des deux principaux candidats à l’élection présidentielle, il y a peu. C’est une première. Cela démontre bien que la question pénale et carcérale est bien prise en compte par les décideurs, et retrouve son statut de sujet sociétal important. Reste que nous n’avons pas de raison d’être très optimiste quant aux programmes en cours d’élaboration… l’heure n’est pas aux propositions empreintes de courage et surtout d’esprit de responsabilité. Il nous faut être prudent, et surtout continuer à nous battre pour que nos idées gagnent du terrain. C’est un chantier immense mais absolument nécessaire à mener. Il en va de l’avenir de la société, et surtout de l’avenir des couches les plus défavorisées de notre société.
Droite et gauche se sont elles différenciées dans leur gestion de la question carcérale ?
La gauche s’était engagée sur le front carcéral (projet de loi pénitentiaire)…puis avait effectué une marche arrière à l’approche des élections de 2002. Manque de courage politique. La droite, elle, a étendue le filet répressif, en créant de nouvelles lois de plus en plus liberticides. Et elle s’est lancée dans un plan de constructions de nouvelles prisons. Pour le plus grand bonheur des méga entreprises du bâtiment, et des entreprises spécialisées dans le sécuritaire. Bref, l’évaluation sur la situation carcérale est partagée par tous. La prison, « la honte de la République » est un terme qui fait l’unanimité. Mais les réponses apportées par les uns et les autres ne font que conforter la logique répressive et ne font que renforcer les facteurs rendant les prisons aussi épouvantables et insupportables qu’elles le sont aujourd’hui. C’est un scandale total, de l’irresponsabilité politique de la pire espèce!
Qu'est ce qui peut réellement faire changer les choses en prison ?
Historiquement, c’est la violence produite par les grandes révoltes qui a incité le personnel politique à prendre des mesures. C’est un constat terrible. Pourquoi doit-on toujours arriver à l’extrême pour que cesse l’insupportable. J’ose espérer qu’il ne faudra pas qu’il y ait de nouveaux événements dramatiques dans les prisons pour qu’enfin les politiques prennent les mesures qui s’imposent. Ou alors, il faut attendre l’arrivée d’un homme (ou d’une femme) qui ait du courage là ou d’autres n’en ont pas eu…. En 1981, on a abolie la peine de mort… c’était une mesure forte prise et portée par quelques gens de conviction, dont M. Badinter. On verra si la question de la prison révélera des gens courageux dans l’avenir. Le plus vite sera le mieux.
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