La cuisine de Rubalcaba L'information a été publiée samedi par Gara, mais la rumeur courait depuis des semaines : le ministre espagnol de l'Intérieur a mis la pression sur les partis politiques basques pour qu'ils ne réagissent pas face au choix du gouvernement concernant la gauche abertzale. Un choix qui souhaite l'avortement de la dernière démarche politique des indépendantistes basques, lesquels ont décidé de tout miser sur les voies exclusivement politiques pour mettre un terme au conflit basque.
Alfredo Pérez Rubalcaba avait prévenu le PNV de la démarche de la gauche abertzale et avait demandé au parti démocrate-chrétien un chèque en blanc pour agir contre les dirigeants abertzale. Le ministre s'était même permis de manipuler la presse étrangère pour minimiser les effets collatéraux d'une arrestation qu'il savait très médiatique et assez difficile à expliquer au-delà des Pyrénées. Le correspondant de Le Monde l'expliquait ainsi dans un article publié le 14 octobre : Récemment, le ministre espagnol de l'intérieur, Alfredo Perez Rubalcaba, avait confié à plusieurs correspondants de la presse étrangère, dont Le Monde, sa "conviction" qu'Arnaldo Otegi travaillait à la constitution d'un nouveau parti indépendantiste afin d'être présent aux élections municipales du Pays Basque en 2011. Même si cette formation se démarquait de la violence, Madrid ne pourrait l'accepter, avait ajouté M. Rubalcaba, estimant que "l'autonomie de Batasuna vis-à-vis de l'ETA est nulle".
En réalité il n'y a pas de quoi être surpris. Qu'un ministre espagnol de l'Intérieur convoque les correspondants étrangers à Madrid pour téléguider leurs articles est devenu une pratique habituelle, au moins depuis l'époque du ministre philofranquiste Jaime Mayor Oreja. Il n'y a non plus rien de surprenant concernant la volonté du ministre Rubalcaba de contrôler les partis basques, d'autant plus que certains partis ont historiquement suivi de bon gré la stratégie répressive de l'Etat même si celle-ci mettait en question des droits fondamentaux comme ce fut le cas de la politique de dispersion des prisonniers basques.
Ce qui est assez nouveau c'est la réponse négative des partis concernés. L'ensemble des formations abertzale ont soutenu la manifestation organisée la semaine dernière par les syndicats majoritaires contre l'arrestation des cinq dirigeants de la gauche abertzale, dont Arnaldo Otegi et Rafa Díez, très probablement les personne les plus influentes dans la mouvance indépendantiste en ce moment.
Le rôle des médiateurs
Reste à voir quelle sera la réaction des médiateurs internationaux qui suivent toujours de près la situation basque. Même si les ponts entre ETA et le gouvernement espagnol, d'un côté, et Batasuna et le Parti Socialiste espagnol, de l'autre, ont été brisés il y a trois ans, les personnes qui ont mené le rôle de médiation entre les différentes partis continuent d'être informées. Batasuna avait prévenu ces médiateurs de l'éventuelle mise en place d'une nouvelle démarche de sa part visant à mettre la solution du problème basque sur un plan exclusivement politique. Bien évidement, ces médiateurs ne sont pas des juges car leur rôle est autre. Mais sans aucun doute, la riposte répressive de Madrid ne va pas jouer en faveur de l'Etat espagnol lors des prochaines négociations. Prochaines en effet, car même si Rubalcaba ne cesse de répéter qu'il n'y aura plus de dialogue, personne ne pense en Europe que Madrid va résoudre le problème politique basque par la force des armes. Pas même le ministre Rubalcaba.
Quant à la gauche abertzale, il semble que les arrestations ont provoqué l'effet contraire à celui recherché par Madrid, car il existe en ce moment un sentiment d'union autour de la nouvelle stratégie politique. L'invitation à un adieu aux armes est ferme, mais pour l'instant Madrid ne semble pas accepter. La grande question est de savoir si l'Espagne sera un jour aussi mûre pour reconnaître que les Basques ont parfaitement le droit de décider leur propre avenir.
Source : Pays Basque Info