Matieu Membre historique

Nombre de messages: 3318 Localisation: Pau, Marselha, Occitania Date d'inscription: 03/03/2006
 | Sujet: CONTRE LE NATIONALISME FRANÇAIS Dim 9 Aoû - 11:23 | |
| | Citation: | CONTRE LE NATIONALISME FRANÇAIS
(version occitane disponible sur le forum occitan)
Le concept de "France Etat-nation", principe politique de la "République indivisible, l'article 2 de la Constitution, l'interdiction de l'enseignement immersif dans l'enseignement public, constituent l'arsenal idéologique, juridique, politique et pédagogique avec lequel l'impérialisme français verrouille l'accès des peuples dépendants et coloniaux à leurs droits nationaux.
Ils doivent occuper une place centrale dans notre combat pour les droits nationaux du peuple occitan, nécessairement anti-impérialiste et anti-nationaliste. C'est-à-dire contre le pouvoir central, le pouvoir d'Etat et les superstructures idéologiques, l'intelligentsia, la gauche française (y compris l'extrême-gauche) et même le courant réformiste / régionaliste au sein du mouvement national occitan. Car, force est de constater qu'aucun de ces éléments constitutifs de la domination du pouvoir français ne fait l'objet d'une remise en cause de la part des forces de gauche françaises. Elles sont totalement alignées sur le nationalisme français qui ne peut être réduit à la seule extrême-droite. Les "rattachements" et "acceptations" perçus à gauche ne sont pas une erreur d'analyse, ou une méconnaissance de la réalité nationale. Ce nationalisme imprégnait le mouvement ouvrier dès ses premiers pas. Il ne put jamais s'y soustraire. "La Marseillaise" chantée avec "L'Internationale", le drapeau tricolore cotoyant le drapeau rouge, la vénération de la "Révolution française" et l'"oubli" qu'elle fut dirigée politiquement et idéologiquement par la bourgeoisie française en sont les manifestations publiques les plus évidentes.
Le nationalisme français c'est encore l'emploi de termes tels que "minorités culturelles", "minorités nationales", "langues minoritaires", "langues régionales","minorités régionales". Des termes souvent repris par les forces occitanistes. La raison? L'habitude, la timidité ou la peur d'aller à contre-courant, le manque d'esprit critique, le refus de penser ? Y participe aussi la remise au goût du jour des thèses d'Otto Bauer avec l'"autonomie culturelle". On se garde bien de rappeler que celles-ci s'opposent radicalement au droit politique fondamental des peuples, celui de l'autodétermination, de la séparation et de la création de son propre Etat. Qu'elles défendent le principe de l'unité de l'Etat multinational avant tout droit politique des peuples dépendants qui ne peuvent se contenter alors que de droits culturels.
Un saut qualitatif
C'est dans ce contexte idéologique et politique hostile que l'Occitanie, nation sans Etat, peuple sans pouvoir politique à la conscience nationale encore trop peu développée, doit aller de l'avant. Les concepts Occitanie, occitan, occitaniste, sont maintenant répandus. Un tissu d'associations culturelles qui agissent pour la défense et la promotion de notre langue et de notre culture couvre l'Occitanie entière. Ecrivains, chanteurs, artistes, enseignants de la langue se multiplient, étudiants et jeunes s'organisent. Le mouvement des écoles Calandretas est devenu une institution reconnue par son travail sûr et sérieux.
Mais cette croissance quantitative est en attente d'un saut qualitatif important. De nombreux militants associatifs ont besoin de s'appuyer sur des réflexions, des actions et des organisations politiques pour faire face à leurs tâches. Notre cause ne peut plus être portée par le seul mouvement associatif culturel, encore moins se contenter des seules initiatives individuelles ainsi que le formule Joan-Loïs BLENET, président de la Confédération des écoles Calandretas, en 2002 à Béziers devant la Convention occitane: "Nous sommes, nous autres Calandretas, à un moment où il y a un besoin - je le dis à titre de contribution, d'appel à ceux qui font de la politique - d'une parole politique occitane. Pas dans un sens politicien, mais d'une parole qui parle de la société et qui parle à la société, d'une façon globale (...) Il y a besoin que le politique se mette à répondre à cette interpellation"(20).
Ainsi sonne la fin du pragmatisme trop souvent salué comme un progrès de l'occitanisme tandis qu'il n'était qu'une adaptation obligée des militants face au vide politique occitaniste. Avec la croissance des revendications la confrontation avec le pouvoir devient toujours plus dure et apparaît pour ce qu'elle est, politique. Il n'y a donc pas de question linguistique et culturelle occitane, mais une question politique occitane. Aujourd'hui, à travers le mouvement naît un besoin de réflexion, une recherche dans le but d'occuper le terrain politique, tout en constatant les limites de l'action culturelle.
Ce saut qualitatif ne peut être que du domaine de la conscience nationale et sociale occitane. Il doit alors se traduire par la formulation d'une nouvelle ligne politique portée par une nouvelle organisation politique. Dans notre processus de lutte, la "conscience nationale" est désormais première. Elle est du domaine de la connaissance rationnelle et scientifique. C'est la connaissance de notre réalité, de notre histoire, de la formation de notre communauté ethnique mais aussi de la nécessité de la libération nationale et sociale, des objectifs à se fixer et de la voie à suivre pour les atteindre. Cette conscience est le mouvement national et social mené par l’organisation patriotique et révolutionnaire, résultat du travail intellectuel mené par l'intellectuel collectif que représente l’organisation.
C’est le décor du nécessaire combat anti-impérialiste du peuple occitan pour ses droits nationaux. A son fondement se trouve la lutte idéologique y compris dans nos propres rangs, inséparable du processus de développement de la conscience nationale et sociale occitane, de l’occitanisme nouveau, patriotique et révolutionnaire.
Des ruptures nécessaires
Une politique de ruptures est à mener: rupture théorique et politique avec l’occitanisme régionaliste-réformiste et nationaliste réactionnaire, afin de placer notre combat sur le terrain du droit des peuples, de l’autodétermination, rupture avec le nationalisme français de la gauche et de l’extrême-gauche françaises. Le peuple occitan privé de tout droit politique en tant que peuple, sans possibilité de décider de sa vie quotidienne comme de son avenir, est livré à la politique de dénationalisation des impérialismes français, italien et espagnol.
Pour prendre sa vie en mains, pour revenir en tant que peuple et nation dans l'histoire, il a besoin de la liberté de décider seul et des moyens de le faire. Ainsi, dans notre combat se pose la nécessité de poser la question de l'autodétermination du peuple occitan, non pas simplement comme une question théorique mais aussi comme une question pratique qui doit vivre au quotidien.
Anaram Au Patac Gasconha nòrd, Juillet 2009
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