Ghjuvà Admin

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 | Sujet: Basques demandeurs d'asile au Canada - L'écho du silence Sam 14 Mai 2005, 17:13 | |
| http://www.ledevoir.com/2005/05/12/81555.html | Citation: | Basques demandeurs d'asile au Canada - L'écho du silence Eduardo de Arriluzea Prisonnier politique basque à la prison de Rivière-des-Prairies
Édition du jeudi 12 mai 2005
«La torture, ce grand thème tabou, est l'un des principaux problèmes de la société. La torture est un phénomène complexe qui nous affecte tous. Le pire dans la torture n'est pas qui la subit mais bien qui l'accepte. C'est la partie insidieuse et invisible. On essaie de détruire les mécanismes directs des premiers et on contrôle petit à petit les sentiments, la sensibilité et la pensée des seconds, jusqu'à les transformer en robots dociles, en personnes anesthésiées, sans capacité critique ni possibilité de rébellion. C'est ainsi que se dévoilent les sociétés endormies et soumises qui se croient libres et démocratiques, qui acceptent le rêve trompeur d'une paix merveilleuse qui rappelle celle des chimères.» -- Eva Forest, Torture en Pays basque, rapport 2002
Version pour imprimer Faire suivre ... Droit de reproduction Dossier(s) Ottawa Lors de sa visite à Ottawa, en avril 2001, Jean Chrétien accordait toute sa crédibilité à son homologue espagnol José María Aznar, jongleur du mensonge à la moustache hitlérienne, pendant que Gorka Perea Salazar et moi étions deux jeunes Basques demandeurs de l'asile politique, c'est-à-dire ceux qu'on n'avait pas invités.
Depuis, quoique nous ayons toujours suivi à la lettre les exigences des autorités canadiennes, notre crédibilité est sans cesse mise en doute, même si, jusqu'à présent, personne ne nous a donné la chance d'exprimer nos craintes.
Le fait que nos allégations de torture aient été bien documentées, notamment corroborées par des instances internationales (Comité des Nations unies contre la torture, Comité européen pour la prévention de la torture, Amnistie internationale), ne semble pas avoir ébranlé le Canada, loin de là. Nous sommes d'avis que seule une raison d'État peut expliquer tant de complaisance envers un pays qui fait toujours usage de la torture à l'encontre des Basques malgré les recommandations précises et répétées de nombreux organismes internationaux, dont le Comité européen pour la prévention de la torture.
José Bono, ministre de la Défense du nouveau cabinet Zapatero (PSOE) au pouvoir à Madrid, a récemment déclaré que la torture lui donne «envie de vomir». Il se référait évidemment à la torture employée par les Américains en Irak et à Guantánamo. Aurait-il par hasard lu le rapport d'Amnistie internationale de 2004 sur l'Espagne ?
Même si le nouveau gouvernement fait usage des mots «respect des droits humains» comme d'un moulin à prières, il continue à appliquer la loi antiterroriste. De nos jours, les forces de la police opérant en Pays basque emploient des procédés qui relèvent de la barbarie nazie, avec de véritables laboratoires de torture munis de baignoires spéciales et tout ce qu'il faut. Parmi les 55 détenus basques ayant porté plainte pour tortures en 2004, plusieurs garderont longtemps les traces physiques et psychologiques des sévices qu'ils ont subis : certains ont des plaies dans le dos provoquées par des brûlures causées par des chocs électriques, d'autres ont le visage enflé à la suite des coups donnés par les bourreaux.
Les témoignages publiés sont tellement précis qu'ils ne peuvent laisser aucun doute sur la dure réalité de la torture. Leur impact réside dans l'extrême violence qu'ils décrivent avec précision. On y trouve un effroyable témoignage qui décrit une brutalité extrême et qui a bouleversé la société civile basque ces derniers temps. Il s'agit du cas d'Amala Urizar, une jeune fille arrêtée le 29 octobre dernier par la Guardia Civil (garde civile de l'armée espagnole). Sur dix pages, Amala relate courageusement le viol dont elle a été victime aux mains de ses tortionnaires, qui ont fait usage d'un pistolet ainsi que du supplice de la baignoire.
De fait, les membres du gouvernement, les juges et les médecins légistes espagnols connaissent l'existence de ces atrocités, parfois dans tous leurs détails. Ils peinent cependant à en mesurer l'ampleur ou à la reconnaître. Puisque ces méthodes sont tolérées, voire encouragées au nom de l'efficacité, ces responsables donnent donc le signe d'une véritable institutionnalisation de la torture.
Force est de constater que la plupart des plaintes sont archivées par les autorités judiciaires sous le prétexte d'un manque de preuves objectives. Il n'est donc pas faux de parler de répression aveugle : le chiffre de plus de 5000 victimes depuis le commencement de la «transition démocratique» en 1977 n'est pas infirmé.
Ainsi, la torture, couplée aux arrestations arbitraires et aux interdictions de partis et d'organisations politiques assorties parfois d'exécutions sommaires (cas de Kalparsoro et Geresta, militants basques retrouvés morts après avoir été arrêtés par les forces de sécurité de l'État), est la pièce centrale de ce dispositif répressif validé par le pouvoir politique. La mémoire historique nous permet de rappeler que ceux qui gouvernent aujourd'hui (Parti socialiste) sont les mêmes qui ont mis sur pied les escadrons de la mort (GAL) durant les années 80.
Ne mâchons pas les mots : il règne au Pays basque un état de siège hypocrite où les prérogatives de la «justice à l'espagnole» sont réaffirmées avec la mise en place de lois de plus en plus exceptionnelles, comme celle qui prévoit l'allongement de cinq à dix jours de la période de détention au secret.
Au Pays basque, tout arbitraire dans les arrestations, toute brutalité dans les perquisitions, tous ces actes affichant le mépris de la vie humaine, toute discrimination dans les contrôles auront certainement leurs répercussions. Je n'ai pas à savoir si l'état de siège régulier n'était pas préférable. Mais ce que j'affirme avec force et conviction, c'est que l'état d'exception hypocrite gangrène une solution démocratique au conflit politique qui oppose le Pays basque aux États espagnol et français.
Il faut dénoncer aussi leurs complices et leurs collaborateurs comme le Canada qui, par son silence assourdissant, a permis et permet encore et toujours à ce fléau mondial nommé torture de s'étendre.
Le dernier jugement rendu par la Cour d'appel du Québec, qui nous renvoie, Gorka Perea Salazar et moi, en prison, nous amène à constater avec effroi que le Canada semble vouloir imposer la déraison pour ne pas déranger son partenariat commercial avec l'Espagne. C'est pourquoi nous devons persévérer dans la dignité et la valeur de la personne humaine au-dessus de toute marchandise. L'Espagne torture, Canada complice ! Liberté pour le Pays basque !
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